Maroc : au delà de la carte postale

Publié le 25 août 2011

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Dessin de Jiho

Soleil, plages, palmiers, dunes, kasbahs…L’image d’Épinal est bien là. Le Maroc, splendide carte postale, a des atouts aguicheurs pour le touriste en mal de dépaysement oriental à trois heures de vol.

Cette année pourtant, la saison touristique est en berne. Le très suspect attentat de l’Argana à Marrakech est passé par là. Quant au printemps arabe, s’il avait été circonscrit à la Tunisie, le royaume chérifien aurait probablement hérité d’un double arrivage de touristes de masse à la recherche de charmes maghrébisants bon marché.

Mais c’est compter sans une poignée de jeunes « nihilistes » du Mouvement du 20 février comme se plaisent à les qualifier les responsables politiques marocains. Le Maroc, terre des droits du touriste, ne serait donc pas une terre des droits de l’homme tout court comme le soutiennent les aficionados de l’exotique apparat médiéval dont se drape Mohammed VI.

C’est une constante en tourisme : les autochtones ne voient pas leur décorum avec les mêmes yeux que le visiteur de passage. Il y a donc des Marocains qui trouvent humiliant le pittoresque protocole du trône alaouite où les citoyens sont contraints à se prosterner et à baiser la main d’un monarque quasi déifié.

Dessin Jeudi du Luxembourg

Il y a aussi des Marocains qui ne s’extasient pas devant le luxe tapageur des remparts des nombreux palais royaux -tout ce qu’ils peuvent apercevoir de l’extérieur- car ils savent ce que leur entretient coûte au contribuable et préfèreraient que ces sommes astronomiques servent à la construction d’écoles ou d’hôpitaux, même spartiates et sans atouts touristiques.

Décidément, ces Marocains ne savent pas apprécier les belles choses ! D’ailleurs, qu’ont-ils tous à faire la tête, invectiver conducteurs, passants et femmes en débardeur ? Tout s’explique, c’est ramadan. Le plus redoutable tue-tourisme est venu s’acharner sur une saison déjà bien maigre. Cette année, les touristes trinqueront seuls dans les bars, déjeuneront seuls au resto et se garderont bien de boire une gorgée d’eau sous le torride soleil d’août, sous peine de subir les foudres de jeûneurs assoiffés qui y verraient au mieux une provocation, au pire une croisade.

Sans son café, ni sa cigarette du matin, l’autochtone chérifien se dit « maqtou’ », en manque, et en profite pour laisser exploser sa mauvaise humeur et mettre en veilleuse sa productivité. Il défend farouchement l’article 222 du code pénal qui punit de prison toute personne « notoirement connue pour son appartenance à la religion musulmane » qui s’aventurerait à manger ou boire en public en ce mois de jeûne sacré où les ménages dépensent le tiers de leur budget annuel pour de somptueuses tables de ftour*.

Terre de paradoxes où les âmes libres ont arraché des parcelles de sécularité à travers les âges, comme cette jeunesse libre qui bat le pavé aujourd’hui pour arracher ses droits, le ramadan y demeure encore le saint des saints, l’ultime tabou qu’aucun argumentaire cartésien ne saurait démonter. Même le temple de la culture américaine qu’est le MacDo affiche sur ses façades « interdit aux adultes musulmans », rappelant de honteux épisodes de l’Histoire de l’humanité, et même les jeunes défenseurs d’un projet d’Etat civil concèdent dans leurs slogans : « Nous jeûnons et nous luttons », comme pour s’acheter une respectabilité et une popularité que le régime s’obstine à bafouer.

Zineb El Rhazoui

*Ftour : repas de rupture du jeûne.

Tribune publiée dans le Jeudi du Luxembourg, 25 août 2011

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